Face aux enjeux majeurs portés par le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles actuellement examiné par le Sénat, France Eau Publique a co-signé la tribune rédigée par Sandrine Le Feur, présidente de la commission du développement durable à l’Assemblée nationale.
Cette démarche collective vise à rappeler une conviction partagée : en matière d’eau potable, la prévention doit être au cœur de notre politique.
Un enjeu sanitaire et financier majeur
Depuis les années 1980, plus de 14 000 captages d’eau potable ont été abandonnés en France. Nitrates, pesticides, PFAS, cadmium : la liste des menaces qui pèsent sur la qualité de notre ressource s’allonge. Des millions de Français sont alimentés par une eau dont la qualité est fragilisée.
Pour les collectivités, le choix est clair : agir avant qu’il ne soit trop tard. Attendre qu’un captage atteigne un niveau critique de pollution, c’est accepter des solutions bien plus coûteuses : traitement renforcé de l’eau, recherche de nouvelles ressources, ou fermeture de captages.
Autant de surcoûts qui pèsent directement sur les tarifs de l’eau et, in fine, sur les citoyens.
Le texte intégral de la tribune
L’eau potable est certainement le service public le plus essentiel de notre quotidien. Pourtant, nous parlons encore trop peu de la fragilité de la ressource qui arrive chaque jour à nos robinets.
Le constat est préoccupant. Depuis les années 1980, plus de 14 000 captages d’eau potable ont été abandonnés en France, principalement en raison de pollutions aux nitrates et aux pesticides. Des millions de Français sont alimentés par une eau dont la qualité demeure fragile. Les débats récents sur les PFAS ou le cadmium ont rappelé à quel point la protection de la qualité de l’eau demeure un enjeu sanitaire majeur. L’Assemblée nationale a d’ailleurs adopté plusieurs avancées en ce sens.
Le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, désormais examiné par le Sénat, offre l’occasion d’envoyer un message fort à travers son article 8 consacré aux aires d’alimentation de captage. L’esprit de cet article est le bon. Mais il doit être renforcé.
En matière d’eau potable, l’efficacité repose sur un principe simple : agir avant qu’il ne soit trop tard. Attendre qu’un captage atteigne un niveau critique de pollution conduit à privilégier le curatif plutôt que le préventif. Or, lorsque la ressource est dégradée, les solutions deviennent plus coûteuses et plus complexes : traitement renforcé de l’eau, recherche de nouvelles ressources ou fermeture de captages.
C’est pourquoi les mesures de protection doivent pouvoir être déclenchées dès les premiers signes de vulnérabilité. L’État doit également être pleinement mobilisé à ce stade, aux côtés des collectivités, des services de l’État et des agences de l’eau, afin de coordonner efficacement les actions de protection.
Cette approche passe aussi par la préservation des zones humides, menacées par l’article 7 du projet de loi. Marais, tourbières, prairies humides ou étangs contribuent à la qualité de l’eau en filtrant naturellement certains polluants et en régulant la ressource.
Les solutions existent déjà. Dans de nombreux territoires, notamment en Bretagne, collectivités et agriculteurs travaillent ensemble pour améliorer durablement la qualité de l’eau. Agriculture biologique, réduction des intrants, pratiques agroécologiques ou paiements pour services environnementaux démontrent qu’il est possible de concilier protection de la ressource et viabilité économique des exploitations.
Le Sénat a l’occasion de renforcer cette ambition lors de l’examen du texte en hémicycle. Faire de la prévention un véritable pilier de notre politique de l’eau, c’est adresser un message clair : lorsqu’il s’agit d’eau potable, protéger vaut toujours mieux que réparer.
Tribune apparue sur Le Télégramme le 17 juin 2026
Qui soutient cet appel ?
Sandrine Le Feur, présidente de la commission du développement durable à l’Assemblée nationale, députée de la 4ème circonscription du Finistère
Jean-Luc Dupont, président de la FNCCR, Maire de Chinon (37)
Christophe Lime, président de France Eau Publique, Conseiller municipal de Besançon (25)
Alice Timsit, présidente d’Eau de Paris, Adjointe au maire de Paris (75)
Thierry Burlot, président du Comité de Bassin Loire Bretagne (22)
Elmano Martins, vice-président de l’Agglo du Niortais en charge de l’eau et de l’assainissement, Conseiller municipal de Niort (79)
Ludovic Brossard, président d’Eau du bassin rennais, membre de la CLE du SAGE Vilaine, conseiller municipal de Rennes (35)
Michaël Derangeon, vice-président d’Atlantic’eau, en charge de la qualité sanitaire de l’eau potable et de la R & D, Adjoint au maire de Saint-Mars-de-Coutais (44)
Michel Demolder, président de la CLE du SAGE Vilaine, Maire de Pont-Péan (35)
Danielle Mametz, présidente du SIDEN-SIAN et de la régie NOREADE, Maire de Boëseghem (59)
Frédéric Pfliegersdoerffer, président du syndicat des eaux et de l’assainissement Alsace-Moselle, maire de Marckolsheim (67)
Laurent Jeunet, vice-président eau potable, eaux pluviales et eaux usées de Grand Besançon, maire de Montfaucon (25)
Guillaume KRABAL, vice-président de la Communauté d’agglomération de La Rochelle en charge des politiques de l’eau, maire de Dompierre sur Mer, (17)
Nicolas Juillet, président du syndicat des eaux de l’Aube (SDDEA) et de sa régie, maire de Saint-Lupien (10)